Petillances | L’amour au travail, un nouveau risque psycho-social ?
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L’amour au travail, un nouveau risque psycho-social ?

L’amour au travail, un nouveau risque psycho-social ?

En ce 14 février, fête considérée (à tort ou à raison) comme celle des amoureux, nous nous interrogeons sur l’impact potentiellement négatif des relations amoureuses sur le lieu de travail. Les premiers émois, les œillades complices, le cœur qui bat plus vite, le rouge qui monte aux joues… prêtent certes à sourire mais ces papillons dans le ventre peuvent en peu de temps se transformer en vilaines mites dévoreuses d’un bon climat social. L’amour au travail deviendrait-il alors un véritable risque psycho-social qui déstabilise deux personnes, mais aussi leurs collègues, assistant les bras ballants aux scènes de ménage ?

 

L’amour au travail, un cas concret qui se complique

 

Partons d’un cas concret :  Carlos et Sophie se sont rencontrés et aimés au travail pendant plusieurs mois. Tout se déroulait au mieux entre eux quand Sophie, au sortir de son évaluation annuelle très positive, a obtenu une promotion et a été nommée responsable de son équipe d’origine. Cette équipe où, bien entendu, elle travaillait avec Carlos… Ce dernier, vivant la promotion de son amoureuse comme une pseudo-castration, a multiplié les phrases acides à son encontre, y compris en public. Sophie ne s’en laissant pas compter, les conflits n’ont pas tardés à apparaître et ont peu à peu perverti les relations interpersonnelles de l’ensemble des collègues qui forment désormais trois clans : les pro-Carlos, les pro-Sophie et ceux qui préfèrent adopter une neutralité rassurante en évitant de prendre parti.

En tant que responsable hiérarchique de Sophie et Carlos, comment convient-il de réagir, en ne perdant pas de vue l’équilibre du système que constitue l’équipe au sein de laquelle tous deux travaillent ?

 

Se poser les bonnes questions

 

L’approche à adopter est de situer véritablement ce qui pose problème au sein de l’entreprise dans le cas « Carlos et Sophie ». S’agit-il d’une histoire d’amour privée où deux protagonistes vivent une relation amoureuse assez rock & roll ? Ou bien parlons-nous d’une discorde entre deux collègues très proches qui peinent à délimiter leur territoire professionnel parce qu’ils vivent des tensions privées ? Parlons-nous d’amour vache déconnecté du business ou bien s’agit-il d’un terreau idéal où poussent conflits, rumeurs, voire harcèlement ?

Et face à cette situation, moi N+1 dois-je considérer les relations amoureuses comme un sujet explosif à éviter tant que possible ? Puis-je vraiment parler de sujets qui font partie de la sphère privée ? Quel risque est encouru pour mon entreprise, mon équipe et pour moi ? Enfin, tenant compte des réponses à ces questions, quelle(s) action(s) dois-je poser ou éviter de poser face à Carlos ou Sophie ?

 

Repérer le sens caché

 

La problématique de fond émergeant de la relation entre Carlos et Sophie n’est en fait pas une conséquence spécifique de leur histoire d’amour, mais fait plutôt écho à une question identitaire qui pourrait aussi émerger dans un contexte tout-à-fait différent.

A travers leur conflit, Carlos et Sophie nous parlent de leur valeur, de la place qu’ils occupent en tant qu’êtres humains face à d’autres êtres humains rassemblés dans une équipe. Carlos en exprimant sa frustration face à la promotion de Sophie raconte sa volonté d’exister, d’être reconnu comme aussi valable que sa compagne et, peut-être, contacte sa croyance personnelle qu’un homme doit être le dominant du groupe, à la fois fort, combatif et protecteur.

Sophie, quant à elle, est blessée par ce qu’elle interprète comme la jalousie de Carlos par rapport à son nouveau poste et se sent dévalorisée, contactant peut-être sa croyance personnelle qu’une femme ne peut concilier avancement hiérarchique et épanouissement amoureux. Bref, un beau sac de nœuds !

 

Réparer et construire

 

Leur amour au travail n’est en soi pas un problème, pour autant que cette relation s’inscrive dans le respect des codes de bonne conduite et du règlement d’ordre intérieur de l’entreprise et qu’elle n’influe nullement sur la réalisation des tâches de chacun. En tant que N+1 des deux partenaires, il s’agit ici non plus d’agir par la contrainte, en bannissant toute relation amoureuse au travail ou en interdisant « tout rapprochement et bisoutage » mais plutôt de remettre un cadre bienveillant différenciant les comportements acceptables de ceux proscrits.

L’action managériale se portera alors à trois niveaux :

  1. Par une discussion recadrante avec Carlos et Sophie les invitant avec assertivité à respecter les règles de bienséance requise au travail ;

  2. Par un échange proactif avec les collaborateurs RH afin de mettre en place une mobilité professionnelle afin de ne pas maintenir de lien hiérarchique entre Carlos et Sophie ;

  3. Par la mise en place d’une communication saine et d’un environnement relationnel sécurisé permettant à chacun des membres de l’équipe d’exprimer ses propres besoins et d’entendre ceux de leurs pairs tout en travaillant la reconnaissance des collaborateurs qui fait encore bien souvent défaut.

 

Ce faisant, l’amour dont nous parlions plus haut est réinstauré dans la sphère professionnelle. Non plus dans un sens sexualisé ou relatif au couple mais plutôt dans une approche bienveillante de l’autre et de soi-même. Une forme d’amour étrange à aborder au travail mais qui n’en est pas moins un des ingrédients indispensables au succès et à la pérennité de l’entreprise.

 

Bonne Saint Valentin à tous !

Virginie Stevens